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litterature

Moi, étoile filante de KHALED AL KHAMISSI aux Ed Sindbad Actes Sud

Publié le

Auteur inconnu, monde peu emprunté que celui d'un peintre imaginaire dont il est conté une biographie aux multiples rebondissements. L'exotisme du personnage confère à celui-ci une aura que n'aurait pas eu un artiste de France, dans un décor bucolique ou citadin. L'urbanité et les moeurs décrits ici voient défiler une famille que l'on appellerait aujourd'hui recomposée, avec une place déterminée bien définie, rôle social indéfectible que mêmes des évènements dramatiques ne peuvent déroger à son statut. L'artiste peintre obéit à ces règles, balloté entre les femmes qui le construisent, de sa mère à son aieule, ses cousines, une tante et les innombrables artisanes du désir qu'il côtoie dès l'âge où l'on cesse de jouer pour mieux goûter aux plaisirs, autorisés ou défendus, de l'existence. La sensibilité exacerbée de l'homme organise son art en autant de tableaux, représentations intériorisées, que la palette et le talent coucheront sur la toile, à l'imaginaire chatoyant teinté d'un obscur surréalisme. Chaque titre de chapitre se déploie sous nos yeux, phrase sibylline descriptive annonçant une péripétie prochaine, liée sans coup férir à une conquête ou plus justement, à un abandon dans les affres d'un amour unique. La vie double ou triple de l'homme comblée s'accompagne d'une espèce assez rare de "victimisation" , lui n'étant en aucun cas coupable d'un quelconque abus de ses charmes virils, la gent féminine dominant son sujet, masculin s'il en est.
Ce livre inclassable a pour cadre la ville du Caire principalement au cours du 20ème siècle, au fil des évènements historiques majeurs qui constituent l'histoire de ce pays, entre Nasser, les guerres contre Israël, et les apparitions d'Oum Kalsoum et autres artistes majeurs.
Une curiosité fort plaisante et dépaysante, à lire pour quitter les odeurs âcres de guerre et d'incendies qui polluent l'été 2026, prémices aux autres senteurs mortifères de 2027, odeurs d'égoûts idéologiques en devenir.
A lire.

Oum Kalsoum en fond sonore, et une mosquée de Rabat en image de couverture

Bonne journée

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Les orphelins, une histoire de Billy the Kid d'ERIC VUILLARD Chez Actes Sud

Publié le

L'Histoire des Etats-Unis est une suite ininterrompue de récits de petites gens qui, mises bout à bout, crée une destinée collective. Dans les tréfonds des faubourgs comme dans les plaines reculées de l'Ouest naissent des enfants sans père, ou à l'ascendance incertaine. Le rêve devient vite un cauchemar, les rejetons grandissent seuls, en proie à tous les vices que la société des hommes sème sur le chemin des vies ainsi jetées en pature à la cupidité, la cruauté et la faiblesse coupable d'une société trop occupée à construire ce qu'elle croit juste, sans penser à jeter un oeil aux laissés pour compte, aux marginaux.
Le destin d'un individu de ce genre n'a guère plus d'importance qu'un moustique que l'on écrase d'un revers de main. Toutefois, pour grandir, cet univers a besoin d'un autre carburant : le mythe fondateur sans lequel un agrégat de destins reste un amoncellement stérile. Porter aux nues le plus misérable de ses enfants donne ses lettres de noblesse à une société par ailleurs profondément inégalitaire. La reconnaissance d'un voyou, la glorification non de ses actes mais de sa rebellion, donne une toute autre allure à une vie somme toute très médiocre. S'identifier à un Bill the kid devient alors une poire pour la soif, un modèle à suivre si l'on veut devenir quelqu'un. La suite donne raison aux tenants de ce système : chacun y a sa chance, quelque soit la forme qu'elle puisse prendre.
Saisir l'opportunité est le point d'orgue, en faisant fi de tous les risques encourus, si l'on ne tente rien, personne ne vous en tiendra rigueur, néanmoins, vous serez invisible aux yeux d'autrui, inexistant et considérer comme...lâche.
Tel est ce livre qui fait la part belle aux petits malfrats, de ceux qui ont su, ou raté, leur chemin de vie, ou de mort.
Les USA sont constitués de ces milliers de mythes, dont la vérité première n'a pas d'importance, dont seule la portée symbolique accouche d'une nation aux multiples et contradictoires valeurs.
A lire.

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Le visage de la nuit de CECILE COULON aux Ed de l'Iconoclaste

Publié le

Intemporel, le récit existe au sein d'une communauté isolée dans un pays inconnu, ici peut-être, mais est-ce l'essentiel. Ce monde véhicule des peurs et des tabous partagés par tout être humain. La mort, la solitude, la laideur, la folie, la beauté et le jugement d'autrui, de chacune de ses composantes naît un univers clos. La spiritualité absout et grandit l'homme habité, elle donne une force au delà des vicissitudes du quotidien, permet l'empathie au delà du raisonnable, sacrifice d'une vie, ultime recours donnant un sens à une existence vouée aux autres. Le garçon est un fantôme pour ses semblables, il vit désormais au sein d'une petite communauté, l'homme d'esprit et la femme de coeur, il est invisible, ne peut être du monde des vivants, ni de celui des morts, de chair et de sang, quel chair et quel sang ! Il trouvera sa voie entre les deux, un pied dans la tombe, sa tête dans les étoiles, habitant de la nuit, seul ou presque, bientôt rejoint, bientôt compris mais l'impossible n'est pas de son ressort, il n'a pas ce pouvoir, il en a d'autres, magique transformateur, alchimiste de la morbidité. De cette gothique description d'une intrigue allégorique, nous suivons avec appréhension une évolution dont nous ne saisissons pas bien la finalité, transcendance ou dépassement de soi, poids du destin ou illumination mystique.
L'autrice aime à manier une imagerie teintée de mythes moyenageux, village entouré de forêts, gentil monstre, beauté fatale au destin funeste, et la voix qui porte en elle son propre malheur, sacrifice ultime.
Dans "La langue des choses cachées", nous habitions dans un lieu secret, ici de même, impossible de ne pas y voir une volontaire redondance, fascination pour ces univers aux dimensions bibliques, loin des hommes ordinaires, toutefois si proches de leurs démons intérieurs.
Plaisante lecture à la thématique "naïve", lisible par toutes et tous, dont certaines scènes peuvent troubler les tendres sensibilités.

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La colline de MATHILDE BEAUSSAULT aux Ed du Seuil Cadre noir

Publié le

Le Grand prix des lectrices du magazine Elle a récompensé ce roman social glauque et poisseux, néanmoins et forcément bourré d'humanité. Je dis "forcément", les gens qui souffrent et ne disent rien ont un vécu trop raide à verbaliser, impossible à transmettre, tant l'indicible n'a pas de mots. Dans les quartiers de la zone Sud de Rennes, le pire n'est jamais sûr, il est déjà là, à votre porte, dans la descente d'escalier, dans les caves, il prend toutes les formes que vous n'osez envisager, seuls les "essentiels" savent ce qu'il en est, de la rue à l'hôpital, il n'y a qu'un pas, entre les deux, le commissariat et tous ces gens se parlent quand nécessité fait loi, mot injuste en l'occurrence. Démêler les fils de l'horreur en gardant son sang-froid, en tentant l'analyse du pourquoi, puis laisser tomber, les faits, rien que les faits, les recouper, faire parler, tenter de donner la parole, sans les gestes brusques que l'on freine parfois, le ton ferme et mesuré de la voix, l'autorité maîtrisée, et voir l'espoir au bout du tunnel, l'enfant est vivant, qui a pu, comme ailleurs, pas ici, pas chez nous, en France, en Bretagne, région tranquille aux valeurs traditionnelles... Eh non, fini tout ça, un bébé est jeté à la poubelle, miraculé, le vieil homme...
Stop, la suite appartient à la narratrice, plume trempée dans le sang, celui qui se transmets, celui qui coule à l'intérieur et à l'extérieur, liquide de vie et de mort si par malheur il vient à manquer.
Je ne sais trop comment transmettre l'atmosphère qui passe du désespéré à l'espoir, tout en transcriptions de multiples vécus, de quotidiens fracassés, qui ne tiennent que dans le regard de l'autre, celui à secourir, l'entraide vitale ne laisse pas de temps aux atermoiements de surface.
Ici, on ne joue pas, on survit.
A lire, accrochez-vous, ça secoue.

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L'alliance de ASLAK NORE aux Ed Le bruit du monde

Publié le

J'avais commencé le tome un, puis abandonné, trop de détails sur la vie politique de la Norvège. Puis j'ai discuté avec l'auteur à la parution du tome trois. Toujours autant de précisions sur les entrelacs entre pouvoir, argent et Histoire. Les personnages en sont pétris de ces obsessions, marionnette ou manipulateur, c'est le jeu auquel joue l'auteur quand il nous promène d'un acteur à l'autre, de la ministre "dame de fer" , néanmoins femme amoureuse sur le point de se marier, et son futur mari, les soeurs de celui-ci, un ex beau-frère et son mentor. Beaucoup de ces participants ont une partition très difficile à interpréter, pas vraiment en harmonie, une cacophonie en résulte qui sème le trouble chez le lecteur, habile tenue en haleine jusqu'au deux tiers du livre où...
Pas de révélation (mot français pour spoiler), les petites touches successives, jeu d'échecs sur fond d'actualités récentes toujours en cours. La crédibilité y gagne, la géopolitique peut être autre chose qu'une succession de conférences à la langue de bois, stériles et mortifères. La morale protestante est omniprésente dans les comportements et le regard porté sur les moeurs du monde politique, inimaginable chez nous tant l'exigence de probité semble tout régenter, le moindre pas de travers se payant cash. Le secret est une seconde nature exercé avec talent, si parfait, que la vérité n'apparaît que tardivement, hommes et femmes au tempérament bien trempé ne se dévoilent qu'en cas d'extrême urgence ou de danger immédiat. Et encore, pas toujours, le sacrifice vaut par le regard que l'on y porte, en l'occurrence une conjonction de preuves ne vaut pas vérité absolue.
A lire même sans avoir lu les précédents, dixit l'auteur, ce que je confirme.

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Les bûchers de Calcutta de ABIR MUKHERJEE aux Ed Liana Levi

Publié le

Je ne connaissais pas ce tandem d'un autre temps. Nous y sommes, dans cette ville à nulle autre pareille. Le côté "old-fashioned" de cet univers permet de vivre un saut dans le temps et dans l'histoire. L'évocation de Gandhi avec en regard les us et coutumes du Bengale, et surtout la peinture des rapports de l'occupant avec l'occupé est parlante. Les multiples signes de rapports hiérachiques, de différences de traitement entre un colonisateur tout puissant et la masse indienne permettent, en parallèle avec l'intrigue, de souligner l'urgence d'une décolonisation. L'intrigue est un tantinet alambiquée mais souligne ces tabous dont on perçoit aujourd'hui encore les traces dans une suffisance britannique. Il paraît invraisemblable dans ce monde que l'Inde puisse s'émanciper complètement de la tutelle anglaise. 
Le duo composite est d'une complémentarité ironique, chacun se moquant des travers de l'autre, de ses spécificités culturelles, l'humour, toujours affleurant, fait passer des messages et l'on voit dans les comportements cette désuétude, perçue comme telle aujourd'hui, à la teinte sépia de vieilles cartes postales.
A lire dans le train, ou en vacances sur la plage ou ailleurs, lecture détente instructive dont on sort plus cultivé tout en ayant passé un agréable moment d'évasion.
L'Inde a changé bien sûr mais pour y être allé plusieurs fois, l'on retrouve cette atmosphère bruyante, pleine d'odeurs, d'une foule omniprésente et besogneuse.
A lire pour le plaisir.

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Ecoutez les eaux vives d'EMMANUELLE FAVIER aux Ed Albin Michel

Publié le

La rigueur du travail de recherche, tant sur le plan sémantique que sur le plan technique est un plus dans la véracité des décors et du milieu dans lesquels évoluent les personnages. Les multiples détails sont autant de repères nécessaires à la bonne appréciation des interactions. Ce n'est pas l'essentiel à mon humble avis. Le descriptif initial du vécu semble un peu long. L'on attend avec impatience la fin de cette mission, ne sachant ce qui va se passer. Et puis, l'irruption d'un autre milieu, tout aussi aquatique, quelques pages suffisent à deviner le lien qui se dessine à gros traits, d'un monde à l'autre, le sort en est jeté, les caractéristiques émotionnelles et psychiques annoncent la suite, trop prévisible. C'est l'essence même du roman que ces relations par delà les apparences, intéressantes en soi mais annoncées prématurément. Ce n'est que mon avis mais une fois de plus la forme prime sur le fond. La recherche de crédibilité factuelle nuit au bon déroulé de ce qui aurait pu être un roman très sombre et qui en devient un épisode, certes tourmenté, mais manquant de noirceur. Le côté obscur, expression bateau, est en deça de ce qu'il aurait pu être, trop lisse, trop propre, comme si l'autrice s'était plus focalisée sur des décors censés plonger le lecteur dans une atmosphère morbide, ce qui n'advient pas.
Mais le plaisir de lecture reste entier, la précision de l'écriture force le respect, manque un zeste de folie.
A lire cette autrice, à la conversation étrange parfois, l'ayant rencontré deux fois lors de dédicaces, les yeux bleus sans doute.

Image de l'île de Batz

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La vie entière de TIMOTHEE DE FOMBELLE aux Ed Gallimard

Publié le

Peu à dire sur ce petit livre dont la trame tient sur une feuille volante, comme elle le dit dans ce récit, rêver sa vie. Elle attend un homme, résistant, porteuse de messages ou dactylo, de ces petits mains qui ont sauvé, si l'on peut dire, l'honneur d'un pays.
L'aventure fait frémir l'adolescente, non consciente du danger, emprise involontaire de ce qui représente pour elle un héros, elle se projette dans un futur, puis on s'y retrouve, je ne sais plus vraiment.
Elle est vieille, voudrait l'être, ne l'est pas, on ne sait pas, l'homme lui remet des écrits à taper, futurs tracts, ou liste de noms.
L'engagement de la jeune fille obéit à un choix, dicté par un souci de justice, par un désir de plaire, les deux, le frisson du danger lui parcourt l'échine, remerciant cette homme par lequel elle éprouve ses premiers émois, les peaux qui s'effeurent puis se touchent, les enfants imaginés, fruit d'étreintes, mais où et quand ? Un souffle de vent disperse le songe d'une vie autre,
Je me suis perdu dans ce conte d'un auteur spécialisé en littérature enfantine.
Joli histoire éthérée qui disparaîtra de ma mémoire, il y a tant et tant de mondes à découvrir.

J'ai lu ce texte en peu de temps, sur ma terrasse, 77 pages d'un songe étrange. 

Je ne peux dire si je suis entré dans cet imaginaire-là, qui m'a peu parlé, sujet grave sur un ton léger, une gêne peut-être.

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Ghost stories de SIRI HUSTVEDT aux Ed Gallimard

Publié le

Ouvrage inclassable et c'est bien ainsi. L'amour triomphe toujours à la fin, à la toute fin, il semblerait que même la mort est vaincue, dépassée par une relation au delà de la fusion, le fantôme de l'écrivain décédé rode dans la maison de Brooklyn.
La sincérité maîtrisée habite le livre de bout en bout, la haute tenue de ce qui est dit, les souvenirs impressionnants de précision donnent à la relation de ce couple une force incomparable. L'accompagnement de la dernière année de vie de Paul Auster, son rapport à une mort annoncée suscitent une admiration béate. L'on sait que ces moments peuvent être embellis, nécessairement quand le corps se délite. La souffrance de l'homme est ici évoquée en creux, de par ce qu'elle empêche, les lettres au petit-fils sont à cet égard extraordinaires dans la projection qu'elles impliquent dans un avenir inexistant pour leur auteur, elles prolongent sa présence bien au delà de ce que la maladie interdira. L'adolescent lira alors quand le temps sera venu une histoire écrite par son grand-père, voix dépassant de loin le simple souci de témoignage du passé.
Il y aurait beaucoup à dire sur leur rencontre, belle et fragile, dans l'acceptation de la vie passée, des êtres qui peuplaient alors la vie de l'écrivain.
L'écriture justement, ce qui unit le couple, curiosité insatiable, la lecture fruit d'une curiosité insatiable, l'échange permanent, sans jugement péremptoire, le tout est habité d'un respect mutuel, d'une acceptation de la différence entre deux oeuvres fort différentes dans leur approche de la réalité.
Je pourrais évoquer également leur positionnement politique, en parfait accord, le descriptif touchant des défauts de l'un ou de l'autre, quand l'amour sincère en vient à aimer jusqu'aux travers de la vie quotidienne, qui deviennent un manque quand la "veuve", dit-elle, se retrouve seule dans la maison, enfin presque puisque le fantôme de l'homme aimé s'invite de temps à autre comme il l'avait promis de son vivant.
Admirable livre à lire.

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Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026

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Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
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Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
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Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
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Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026
Ghost stories, fragments / Il est 6h50 le 3 juin 2026

Pas d'interférences ce matin, le réveil sans mémoire du sommeil me convient. J'attaque le petit déjeuner à une heure où vous dormez du sommeil du juste. Je lis en ce moment un ouvrage dont je ne sais que penser et dont le classement en librairie ne doit pas être simple. Je veux parler de " Ghost stories " de Siri Hustvedt, veuve de l'écrivain américain Paul Auster décédé en Avril 2024. Elle a entrepris un travail de deuil, de mémoire sur sa relation avec son défunt époux. Le couple a vécu 43 années de vie commune, partageant nombre de moments, comme chacun peut le concevoir, de vie quotidienne, mais aussi de vie intellectuelle et d'échanges sur leurs oeuvres respectives. Dans ce livre, dont je n'ai lu que la moitié environ, il est question de la dernière année de la vie d'un homme atteint d'un cancer, des espoirs et des souffrances engendrés par la maladie, de l'aide de l'entourage, et par la suite, du manque, de l'effet- fantôme, d'où le titre, cette sensation ressentie par l'autrice de la présence de l'être aimé, une odeur, un souffle, une voix entendue, toute manifestation que je ne peux que confirmer dans sa sincérité, ayant moi-même ressenti cette étrange écho émotionnel, comme la trace subliminale d'une personne récemment disparue du lieu où elle vécut. Lors du décès de mon père, peu de temps après, je me suis retrouvé seul dans la maison familiale, et j'ai entendu distinctement des pas dans l'escalier menant à l'étage, me suis levé, personne ne se trouvait sur le palier, et je ne dormais pas. Une odeur aussi, fumée de cigarette bien spécifique d'une marque ( Royale), que mon père avait consommé, cigarette engendrant des maux de tête. Je ne suis resté que quelques heures dans cette situation, retournant sur le lieu où je séjournai cet été 83 pour un travail saisonnier. 

La difficulté de la lecture d'un tel ouvrage réside dans l'intimité qu'il décrit, analyse dans fard d'une relation humaine somme toute très personnelle. Ce n'est pas une fiction, pas une auto-biographie, nous descendons dans une intériorité " à deux " censée ne pas être partagée. J'éprouve, je le dis, une certaine gêne. 

Nul exhibitionnisme dans les écrits, nul voyeurisme ni sensationnalisme recherchés, pas une explication, au contraire, disons une recherche de réponses, une verbalisation sincère, à travers une expérience personnelle douloureuse, sur ce qui se passe quand un être irremplaçable à vos yeux n'est plus et comment continuer son chemin sans lui, sans dramaturgie ni pathos stérilisant et, impression supplémentaire, si cela peut être utile à d'autres. Les limites sont fixées, l'autrice sait, pas ses écrits, que l'exemplarité n'a pas de sens, mais pourquoi ne pas y voir une formidable résilience dont on perçoit parfois la fragilité, les digues cèdent de temps à autre, larmes bienfaitrices sans fausse pudeur. L'entourage est ici extraordinairement présent, une osmose d'amours familiaux là aussi sans calculs ni protections particulières. 

La mort est une composante inévitable, comment l'envisager dans son inéluctabilité. 

Je continue la lecture sans certitude d'aller au bout de ce chemin. 

Il y aura un avis complémentaire. 

Bonne journée

Musique du film, scénario écrit par Paul Auster et images de New-York, indissociable de l'écrivain, prises en 2014.

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