Une forêt de JEAN-YVES JOUANNAIS aux Ed Albin Michel
Difficile de dire quelque chose sur ce livre, alors je ne dis rien. Toutefois, cet officier qui traverse l'Atlantique, obéissant aux ordres, ne sait pas ce qu'il va trouver dans ce pays anéanti, physiquement, humainement et jusque dans les tréfonds de son identité, jusqu'à vouloir s'occuper d'une trace éventuellement possible dans le futur, de la peste qui a ravagé ce pays vaincu. Les oiseaux imitent l'homme, certains reprennent les sonorités émises par notre espèce, sans conscience aucune, un simple mimétisme sonore, mémoire de ce qui fut, impossible à supporter tant ce qui s'y rapporte est synonyme d'horreur absolue. Extirper le mal par l'anéantissement du miroir sonore renvoyé par le chant des mainates, merle imitateur, comme son lointain cousin, le perroquet gris de Guinée, compagnon des pirates. Le décor de ce petit livre est le sujet de celui-ci, la morosité qu'il engendre remplit le cerveau troublé du lieutenant envoyé pour aider à la dénazification de ce coin d'Allemagne du Nord. Les personnages qu'il rencontre sont terrifiants d'inhumanité, vidés de toute substance, tant ce qu'ils ont vécu a pu les dévitaliser, leur enlever toute vélleité, toute réactivité. Il sont là, dans ce hangar improbable, vierge en apparence de toute collusion avec le régime honni disparu dans les flammes des bombardements, ces fameux tapis de bombes chers aux Américains. L'Apocalypse est très banal dans ses effets, il détruit, nul chevalier en armure, nul squelette avec sa faux et sa cape flottant au vent mauvais, il séme le chaos, enchevêtre les constructions humaines dans un entrelacs de nature qui tente de retrouver ses marques.
Les images du texte créent l'angoisse et puis...c'est tout. Les états d'âme de cet Américain d'origine allemande occupent l'espace, il repart comme il est venu, sans trop comprendre son rôle, tout comme moi, lecteur désarçonné par une quête sans nom, si, un néologisme, la dénazification, comment peut-on extirper le mal collectif en isolant les éléments contagieux, les femmes triant les gravats des villes détruites ne sont pas volontaires, elles sont coupables, loin des mainates dont on ne verra pas la couleur, sans entendre le son de ces chants susceptibles de semer le doute dans un futur plus ou moins proche.
En référence avec une actualité récente, il semblerait que le chant des oiseaux n'a pu être effacé dans une Allemagne amnésique.
Le sujet promettait, le résultat est décevant, juste une promenade mortifère, un livre inachevé.
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