Chronique d'un royaume perdu d'ANANDA DEVI aux Ed Grasset
Voici un roman tropical, avec toutes les senteurs, les effluves et autres mélanges insoupçonnés que peut engendrer un climat chaud, humide, multiple et bouillonnant de vies, de légendes, de joies et de souffrances. le temps qui passe voit défiler, dans le désordre, une pléiade de personnages, de toutes les couleurs, celles-ci sont nuancées dans leur apparence, changent en fonction de l'exposition au soleil, selon que vous soyez le matin ou au zenith de l'astre solaire, votre destin peut basculer. Les accouplements sont légion, contraints ou volontaires, passionnés et féconds. Les lignées se multiplient, se fondent dans une nature généreuse et en viennent à convoler en une joyeuse bacchanale, par la forêt soigneusement cachée, donnant naissance à une colonie, autonome et farouche. A l'île Maurice, l'esclavage fait rage, puis, le travail à salaire misérable, le sort n'est guère plus enviable mais la moiteur rétablit l'équilibre. La femme blanche est fragile dans sa pâleur originelle, n'en est pas moins femme, cèdant au vil pouvoir de l'animal, là où se niche la magie, au creux des reins, puis dans le sein, par trois fois fautive, donnant naissance à l'impossible offense et conséquence ultime, à la séddition désinvolte, comme seuls les âmes libres peuvent se laisser aller à concevoir. La révolte a sonné, la répression aussi, puis la renaissance, perpétuel renouvellement, de génération en génération, faisant fi des tabous, de l'incestueuse procréation au meurtre rituel, en passant par la sauvagerie de l'homme revenu du du fond des âges, fondation de l'île des temps immémoriaux, il fonda une colonie au sein d'une minéralité qu'il modela à sa guise jusqu'à s'y fondre et se consumer en de volcaniques constructions.
Le mix de ce roman nous entraîne en de sauvages convulsions, la langue se perd, s'entortille, ne nous épargne rien, de ce Bouchon indestructible, ayant existé, disparu puis ressuscité par la magie du verbe.
A lire absolument, un aller simple vers l'île de tous les possibles en une communauté à la nature incertaine.
Bravo
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