Le pays des étés de PIERRE ADRIAN aux Ed Gallimard
Gentil livre que celui-là. J'ai lu un avis ( sur Babelio) et appris que ce thème avait déjà été traité par l'auteur dans un autre écrit, en mieux. Je n'ai pas lu le précédent, je ne tiens pas compte de cette information, toutefois, en lisant et terminant le roman, je comprends pourquoi il y revient. C'est tentant de parler des bons moments de son existence quand on a une plume facile et touchante, ce qui est le cas. La petite station balnéaire de la côte Nord de la Bretagne donne envie, elle a sans soute été visitée par quelques lectrices ou lecteurs du précédent livre. Le traitement infligé aux " touristes ", vulgaires profiteurs illégitimes, n'est pas nouveau. Les racines, ressenties ou réelles, sont un sésame pour une légitimité d'appartenance au territoire que l'on fait sien le temps des vacances, la maison de la grand-mère est suffisamment grande pour accueillir une tribu, dont les membres apprécient le calme et les rituels d'un climat incertain, suffisamment pour éloigner les importuns. Le réchauffement climatique et le décès de l'aïeulle vont changer la donne. Un glissement s'opère, les autres arrivent, la maison est difficile à chauffer dix mois sur douze, et chacun de quitter le navire, de le vendre à ceux qui savent valoriser, et les regrets apparaissent l'été suivant, au vu du résultat, puis un an plus tard, les remords suivent, quand de nouveaux occupants violent le lieu secret des moments heureux que l'on n'a pas su conserver, dure loi du réel quand il s'impose à vous. La nostalgie ne nourrit pas, elle étiole le paysage de notre enfance, nourrissant de belles pages, un peu vaines je trouve, laissant à d'autres la place, puis le néant, friche sinistre au coin d'une station balnéaire, elle-même sujette à abandon, algues vertes obligent et pesanteur économique, omerta mortifère à laquelle ce livre apportera sa caution.
Je ne suis pas sûr, en écrivant cela, de n'être pas agacé par ces grands sentiments un poil stériles, truffés de lieux communs, sur les natifs du lieu, les envahisseurs d'ailleurs et l'impuissance séculaire, un fatalisme qui condamne une belle plage à n'être que le refuge de souvenirs édulcorés et de puanteur bien réelle.
C'est comme vous le sentez, si je puis dire.
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